Oct
19
2009

une organisation régie par la loi des 2 pieds

panneau de la loi des 2 pieds

Vous connaissez la “loi des 2 pieds” (the law of 2 feet) ?

On l’appelle aussi “la loi de mobilité personnelle”. C’est cette loi qui régit à elle seule le fonctionnement des réunions au format “forum ouvert” (en anglais : “open space”). Elle s’énonce ainsi, dans le livre de référence “Open Space Technology”,  de Harrison Owen :

If, during the course of the gathering, any person finds him or herself where they are neither learning nor contributing, they must use their two feet and go to some more productive place.

Ce que je traduis par :

A tout moment du rassemblement, si quiconque se trouvent à un endroit où il ne contribue pas, et n’apprend pas, il doit utiliser ses 2 pieds pour aller à un endroit plus productif pour lui.

Tous les forums ouverts auquels j’ai assisté (en tant que participant, ou qu’organisateur) ont été des expériences intenses et agréables pour moi. Le respect de la loi des 2 pieds implique que chacun, à tout moment, s’implique dans ce qui est vraiment important pour lui. Ces moments sont trop rares à mon goût dans la vie professionnelle,  j’espère en vivre aussi souvent que possible, et je souhaite à chacun d’en faire autant.

Oserais-je rêver de … travailler dans une organisation régie par la loi des 2 pieds ?

Une organisation régie par la loi des 2 pieds serait un endroit où chaque individu est responsable et libre d’utiliser son temps et son énergie à ce qui compte vraiment pour lui.

Parmi ceux à qui j’expose ce rêve, beaucoup se montrent sceptiques :

Utopie ! cela ne peut pas marcher !

Et à ce jour, le sceptique que j’ai le plus entendu, c’est … moi.

Je suis donc bien placé pour raconter les dialogues entre le sceptique et le rêveur que je suis :

– Que veux-tu dire, par “cela ne peut pas marcher” ?

– Qu’une entreprise où chaque individu est responsable et libre d’employer son temps et son énergie à ce qui compte vraiment pour lui, ne peut être viable économiquement de manière durable. La loi des 2 pieds, comme pratique managériale, c’est de la foutaise !

– Vraiment ?

– Oui. Est-ce que tu as déjà vu une telle pratique fonctionner ?

– Non. Et tu sais comme moi que le fait qu’une pratique managériale n’est pas répandue ne veut pas dire pour autant qu’elle n’est pas bonne.

(Ça tombe bien, on a lu le même livre !)

– D’accord. Dans ce cas, es-tu conscient que tu envisages cette pratique avant tout parcequ’elle te plait ?

– Oui : j’ai envie qu’une telle pratique fonctionne, et j’aimerai travailler dans une entreprise qui la mettrait en oeuvre.

– Est-ce que tu peux imaginer un lien de cause à effet entre cette pratique et un résultat favorable pour l’entreprise ?

– Oui. Avant de te dire lequel (j’écrirai probablement  à ce sujet, plus tard), j’aimerai te demander : Est-ce que tu as peux imaginer un lien de cause à effet entre cette pratique et un résultat défavorable pour l’entreprise ?

– Évidemment, un paquet même ! (je pourrai bloguer dessus, et j’espère que d’autres blogueurs ou commentateurs s’attèleront à la tâche).

– Est-ce que tu as déjà observé de tels effets défavorables ?

– Et bien … non. J’ai bien vu des tentatives similaires, mais jamais à l’échelle d’une entreprise : je n’ai jamais vu ou entendu au sujet d’une entreprise qui aurait tenté une telle chose.

Match nul : le rêveur et le sceptique ont du reconnaître leur ignorance.

Néanmoins, l’envie reste. Alors mes 2 parties se sont alors alliées pour en savoir plus. J’ai fait quelques recherches, infructueuses à ce jour – toute suggestion de référence bibliographique est la bienvenue.

En l’absence de matière sur le sujet, je ne suis pas démuni : J’ai la chance de travailler dans une entreprise où de nombreux individus partagent un rêve similaire au mien. A ut7, nous essayons de rendre opérationnel un tel mode d’organisation. J’ignore si c’est ainsi que tous mes collaborateurs le formulerait, mais je ne trouve pas de meilleurs mots pour décrire notre projet.

Il serait naïf de prétendre qu’il suffit de d’instaurer la loi des 2 pieds et d’observer passivement les résultats, en espérant que l’entreprise soit viable. Nous savons dors et déjà que les résultats seront favorables qu’à condition que d’autres ingrédients viennent agrémenter la loi des 2 pieds.

Certains ingrédients sont déjà présents : je crois qu’un tel mode d’organisation n’a pu être envisagé que parce que certains pré-requis ont été mis en place depuis la genèse de la société, bien que nous ne sachions pas nécessairement les identifier aujourd’hui. D’autre part, il est très probable que nous n’ayons pas encore découvert tous les ingrédients nécessaires pour que la sauce prenne.

Habitués à la démarche empirique, nous prenons soin d’inspecter régulièrement notre situation, tirons des leçons de nos erreurs, et ajoutons régulièrement les ingrédients nécessaires pour corriger le tir.

Il se peut qu’à force de mélanges, notre mixture finisse par perdre sa saveur originale, où que nous devions renoncer à trouver la bonne recette. Cependant, vivre au jour le jour cette quête est une expérience exaltante, et je vie chaque difficulté rencontrée comme un nouveau défi à surmonter pour accéder mon rêve, et comme une occasion supplémentaire de répondre à la question :

Que doit-on ajouter à la loi des 2 pieds pour qu’une entreprise où elle est instaurée soit viable économiquement de manière durable ?

Encore une question à prendre très au sérieux.

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